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Sources de l’article sur intelligence et bêtise.

mardi 10 juin 2008, par omedoc

Source de cet article

Michel Adam. Essai sur la bêtise.

Prise de note d’une série d’émissions philosophiques de France culture ("Les nouveaux chemins de la connaissance")

Michèle Clément.

"La bêtise est toujours possible pour soi même. Savoir la reconnaître en soi comme structurale. Il faudrait accepter que la bêtise soit naturelle, et donc accepter de ne pas en sortir. C’est comme notre ombre. On ne peut la représenter, on ne peut la combattre, on fait avec."

On n’est bête qu’involontairement ou inconsciemment. Si on se sait bête, on n’est pas bête.

Bêtise = (non pensée ?) = intermittence de la pense. Elle peut survenir :
 Au moment où on ne raisonne plus. Suspension de la pensée.
Dans l’intervalle entre des moments de pensée.
Bêtise : moment où l’on ne pense pas => état normal du cerveau.
 [1]

Ce n’est pas une pathologie.
Est-ce un concept ? la bêtise résiste. On est absent à soi lorsqu’on est bête => difficulté à la définir comme un concept.
Les cognitivistes ne travaillaient pas sur la bêtise. Elle n’est pas modélisable, ni prédictible. Elle un peu comme l’humour.

Exemples : Pétrarque et le mont Ventoux. Monter en descendant. Résistance du réel. Erreur qui consiste, pour pouvoir s’épargner un peu d’effort, à faire trois fois plus d’efforts. Efforts physique et efforts de pensés. C’est dur de penser, et on cherche des subterfuges pour penser plus vite qui vont nous coûter encore plus. Penser avec des raccourcis c’est prendre un chemin plus long qu’avoir l’audace de penser.

Lorsqu’on est bête on accède directement au réel (car le réel est idiot). l’idiotie est pleine adhésion à la réalité (traité de l’idiotie).
Allégresse (?) = amour du réel brut (= qui ne signifie pas).
Nous n’avons pas de position de surplomb % réel. On peut sortir de la bêtise lorsqu’on recherche du sens.

Bêtise et servitude volontaire

La notion de bêtise a à voir avec la condition du citoyen avachi, abêti, qui a renoncé à se sauver de sa condition, à critiquer son état, pour s’endormir sur ses lauriers de démocrate. Abêtissement = société du spectacle de Debord. Processus plus conceptualisable, la démocratie a intérêt à l’abêtissement (et non la tyrannie qui écrase l’opinion publique). la démocratie laisse libre l’opinion mais l’abêtit. Le capitalisme n’a surtout pas besoin de l’esprit critique pour avancer : la télé, l’économie de marché tient lieu de coercition plus subtile. Au lieu de lui mettre des barreaux ou de dissuader de sortir, on lui propose de la publicité et de la propagande. L’économie de marché à besoin de l’abêtissement pour qu’on consomme, pour qu’on soit des consommateurs et non des esprits critiques. Est-ce que dans le fait d’attribuer une intention à l’économie de marché, il n’y a pas une forme de mystification %soi même. Après tout, tout ceci n’est que des mécanismes, on peut les décrypter. L’économie de marché, c’est nous. Lien bêtise et servitude volontaire (La Boëtie).
On ne vit sous la puissance de tyrans qui ne sont que des tyrans de papier et il nous faudrait une pichenette pour les renverser, et on est incapable parce que c’est trop facile, parce qu’il est trop agréable d’être abêti. Il faut faire des efforts pour sortir de l’abrutissement, et c’est trop facile de se vautrer dans la facilité.

Le sot est celui qui par stupeur ne bouge pas. la stupéfaction, c’est le moment où la pensée s’arrête. la pensée, c’est la pensée rationnelle. C’est l’idée que la pensée rationnelle met en mouvement. Il y a des moments où la pensée n’est pas là. Bouvard et Pécuchet et l’antipode = bêtise active. Immobilité et hyperactivité se rejoignent au titre d’une forme d’inefficacité, une inadéquation totale entre l’entreprise, la volonté, l’acte et le résultat.

Comment peut-on être Persan ? Monter en descendant ? C’est le moment où on est incapable de comprendre le réel. c’est un état de fermeture, un état d’incrédulité.

la bêtise est liée à une clôture de l’identité, or l’identité est un processus.

le contraire de la bêtise : le goût des autres.

Belinda cannone

A un moment ou l’autre tout le monde est concerné par la bêtise. Il faut donc se méfier de soi-même, être dans le doute. Le remède à l’erreur n’est pas la vérité mais le doute. Il faut pratiquer le doute, c’est à dire la vigilance à l’égard de soi même, tous les jours et à toutes les minutes.

Bêtise qui repose sur une bonne idée au départ puis s’est caricaturée elle même, s’est usée, et est devenu un poncif au lieu d’être une idée. Les idées neuves deviennent des idées reçues.

LA BETISE :
C’est le conformisme au groupe.
C’est de ne pas mener ses combats aux justes endroits.
C’est la pétrification de la pensée.
C’est l’esprit de système. Ce sont les faiseurs de système qui batissent des univers hermétiques à toute réfutation et qui donc d’une certaine façon ont toujours raison.

Il n’y a pas d’essence de la bêtise, par contre il y a des comportements bête, et on doit rester dans la vigilance de ses propres comportements bêtes. Oui mais vous dites la bêtise. Il n’y a pas d’être absolument, définitivement bête. A quoi est-ce qu’on repère ce qui n’a pas d’essence ? l’évidence de la bêtise, elle vous crève les yeux, et pourtant vous ne savez pas dire ce que c’est, comme la beauté, on voit un spectacle magnifique, on pourrait dire des goûts et des couleurs chacun ses goûts, mais si quelqu’un face à un coucher de soleil trouve ça laid vous allez le regarder comme un fou, la bêtise c’est comme la beauté, on ne sait pas ce que c’est mais... Mon problème n’est pas de définir la bêtise mais de savoir pourquoi je trouve bête certains propos ou comportements.

la recherche éperdue du consensus mène au conformisme et donc à la bêtise. Une des formes de bêtise les plus avérée est le conformisme ou la tentation du conformisme.

La bêtise c’est tomber dans le confort d’une pensée qui nous donne le sentiment d’avoir raison, qui nous assoit quelque part, nous met à l’aise avec nos semblables, dans les mêmes discours, dans les mêmes constructions. On se sent renforcé par le nombre qui pense comme nous même si c’est un petit nombre, le petit nombre de ceux qu’on trouve intelligent. C’est très confortable, douillet.

Il y a aussi la position de celui qui croit qu’il faut être seul contre tous pour avoir raison.

L’adhésion à l’opinion commune est parfois un signe de bêtise. Il y a cependant parfois de très bonnes opinions communes.

La bêtise c’est la passion grégaire dans la langue. c’est à dire sauter sur tous les poncifs.

La bêtise ne peut se manifester que dans la langage.

Grande source de bêtise, la manie de notre époque de mettre notre ego en avant.

Déni de la réalité. faire compliqué alors qu’on pouvait faire simple. La passion du même, de la répétition, qui est une passion mortifère.

David Rabouin

Distinction entre la bêtise "ma bonne dame" et la bêtise "moi monsieur".
La première est la bêtise "passive" de celles et ceux, qui parce qu’ils n’ont aucune clé se contentent d’enfoncer les portes ouvertes : tout se perd ma bonne dame... C’est la bêtise de celui ou de celle qui au lieu de dire que sais-je ? n’arrête pas de dire oh ! qui sait ?
La deuxième est la bêtise active, prosélyte, cultivée, intelligente [Peut-on être intelligent et bête ?], militante, érudite, de celui qui dit moi monsieur je ne suis pas dupe, on ne me la fait pas, moi monsieur ! bref la bêtise de celui qui croit savoir, la bêtise interventionniste de celui qui se donne une cause et s’y dévoue corps et âme,
comme Bouvard et Pécuchet. L’un des travers de cette bêtise est le goût de l’exactitude.

Ce qui fascine Deleuze dans la bêtise dans un premier temps c’est que effectivement on peut dire la vérité et être profondément bête : "il pleut ou il ne pleut" pas c’est vrai, c’est même toujours vrai et c’est profondément bête de le dire. Ce qui va intéresser Deleuze dans la bêtise, c’est d’essayer de comprendre comment elle nous oblige à déplacer un certain concept de vérité. Où va t-on loger la question de la vérité ? au niveau des propositions ? A un autre endroit ?
Logique des propositions : le stylo est sur cette table, c’est vrai ou ce n’est pas vrai, parce que cela correspond à une certaine réalité. C’est le concept le plus banal de vérité comme adéquation/conformation en fait du discours à la réalité qu’il désigne.
L’autre endroit ou on peut loger la question de la vérité c’est au niveau des problèmes : il faut être capable de débusquer ce qui est un vrai et un faux problème, ce qui est plus difficile...

« Les professeurs savent bien qu’il est rare de rencontrer dans les devoirs des erreurs ou quelque chose de faux, mais des non sens, des remarques sans intérêt, sans importance, des banalité prises pour remarquables des confusions de points ordinaires avec des points singuliers, des problèmes mal posés ou détournés de leur sens, tel est le pire et le plus fréquent pourtant gros de menace, notre sort à tous » [2]

Comment fonctionne le sens ? on peut poser la question du sens à différents niveaux. Celle qui intéresse particulièrement Deleuze est la question du non sens
 : il y a les absurdités, le non sens Anglais , et la bêtise qui est une forme de non sens tout à fait étonnante puisque c’est une sorte de blocage de la pensée, une platitude un cliché, un lieu commun, quelque chose qui fait que la pensée est arrêtée dans son mouvement. René Thom disait : "ce qui nuit au vrai n’est pas le faux, c’est l’insignifiant", et que "les théorèmes il y aura toujours des imbéciles pour les démontrer" sous entendant que le vrai problème était de trouver le théorème intéressant.

Ce qui compte le plus ce n’est pas le problème de l’erreur mais c’est de trouver des résultats qui sont signifiants.

Pour Descarte, la science c’est la capacité à résoudre les problèmes. Idem la pensée, pour Deleuze, elle consiste à trouver les problèmes et à parvenir à les résoudre [3].

L’image dogmatique de la pensée est toujours à la recherche du même
, elle est dominée par ce modèle de la recognition. dans ce modèle le seul négatif qu’on est capable de penser, c’est l’erreur. La seule négativité de la pensée dans ce modèle est de se tromper. Or il y a d’autres formes de négativité : la bêtise, la folie, la méchanceté. Elles font intervenir des formes de non sens.

La tache de la philosophie c’est de nuire à la bêtise [4]. Comment fait-on ? Une philosophie qui n’attriste personne et ne contrarie personne n’est pas une philosophie.

Parmi les termes de l’image dogmatique de la pensée il y a trois éléments importants chez Deleuze, le premier c’est la croyance de la pensée est spontanément tournée vers le vrai, le modèle de la reconnaissance : je connais en reconnaissant, je connais en digérant, on transforme du différent en semblable, c’est une connaissance digestive. Troisièmement c’est la prétention au fondement, à quelque chose d’inconditionné, d’absolu, quelque chose d’indiscutable.

Descarte disait : "Je ne peux dire que l’homme est un animal raisonnable parce que pour dire cela il faudrait savoir ce que veut dire animal et raisonnable". La formule animal raisonnable a des présupposés explicites qu’il faudrait dégager, et Descarte ajoute, je dis : "je pense, donc je suis". Le contradicteur pourrait dire, il faut savoir ce que veut dire "penser", "être"," je"... Ce n’est pas pareil, ici c’est différents. il y a bien des présupposés mais ils sont implicites. A savoir, vous ne pouvez penser sans savoir, au moins confusément ce que veut dire penser (Explicite = vous n’êtes pas forcés de savoir ce que veut dire animal, et raisonnable), vous ne pouvez pas être sans savoir ce que veut dire, au moins confusément, être. Vous le "sentez..".

L’un des "adversaires" de Deleuze, c’est la notion de préjugé, ce qu’on choisit de ne pas discuter.. Il distingue entre deux catégories de préjugés : les préjugés extérieurs (= la définition d’animal et de raisonnable) et les préjugés implicite/intimes : "penser" et "être".

On pense sous l’effet d’une rencontre. On rencontre des gens, et c’est à travers ces affects qu’on va se mettre à penser. On peut rencontrer plein de gens sans rencontrer personne. On est affecté par les choses. On est pris par les choses. On doit maintenir une forme d’ouverture à ces conditions.

la bêtise c’est important c’est une condition de la pensée car cela nous force à penser. On ne peut penser que si on est forcé à penser. Si on comprend comment c’est possible qu’on soit bête, c’est à dire qu’on soit dans cette inertie, de stupeur, et bien on comprend aussi comment c’est possible de penser.
La bêtise, ce confort de la pensée...
On pense toujours sur fond de bêtise. On ne peut en sortir. De même qu’on est proche de la folie.
Penser n’est pas une affaire de bonne volonté, c’est une affaire d’affect et de rencontre. Ce n’est pas quelque chose que l’on décide.

La bêtise ce n’est pas la bêtise des "bêtes".

Il n’y a pas d’essence de la bêtise, sinon on la reconnaîtrait immédiatement.

Pour Deleuze, quand on est intelligent on peut être con. Et quand on est con on peut cesser de l’être.

L’idiot c’est l’homme de la raison naturelle ou lumière naturelle. Il y a une distinction à faire entre l’idiot et le bête. l’idiot est celui qui ne sait pas (c’est la position du philosophe : il dit qu’il ne sait rien).

La bêtise c’est la faculté de poser des faux problèmes ou de ne pas en poser. L’homme bête c’est celui qui fait compliqué là où l’on peut faire simple.

BROUILLON

la bêtise vue de dedans, ressemble à s’y méprendre au talent et vue du dehors elle a toute les apparences du progrès, du génie, de l’espoir et de l’amélioration. [5]


[1"Si l’on pense trop il s’agit de folie extravagante plus que de bêtise."

[2Deleuze

[3Or nos ceux qui nous dirigent font en général le contraire : éviter les problèmes pour ne pas avoir à les résoudre

[4Nietsche

[5Musil